Scribouillages et pensées frénétiques

De tout et de rien. Surtout de rien.

07 mars 2016

Aujourd'hui, Wolf Hall

Vous en avez pas marre de ces séries historiques où l'on se dit que si on était à la place des personnages et un petit peu malin, on éviterait de trop s'attacher à sa femme, ses gosses, son voisin car il va de soi que, d'ici deux plans, l'un d'entre eux au moins se hacher menu par l'envahisseur barbare de passage et de service?

Moi si. Des fois je rêve même d'une série qui prenne pour cadre un petit village ou une ville du XIIeme, où les gens vivent, s'aiment, se détestent, meurrent dans leur lit et où, globallement, il ne se passe rien ; pas de famine, pas de chasse aux sorcières, pas d'intrigues qui entraine la destruction de trois comtés et le passage de deux lignées au fil de l'épée... Rien que de la vie quotidienne de gens auxquels on puisse s'identifier, qui vivent leur vie et font leur bonhomme de chemin... Qu'est-ce que ce serait reposant ! Chiant, mais reposant. ...Bon, une histoire, c'est bien aussi, mais, par pitié, ça suffit ce festival de la barbaque, ces scènes de violence explicites bien cadrées pour en foutre plein la vue au spectateur voir de lui coller des hauts le coeur (oui, je pense à toi, Borgia).

Et bien je suis comblée car j'ai découvert Wolf Hall !

Wolf Hall, c'est l'histoire de Thomas Cromwell. Et c'est vachement cool !

Futur premier comte d'Essex, futur arrière-père d'un certain Oliver, Thomas Cromwell est, au moment où commence le récit, bien emmerdé : fils de maréchal ferrant, il travaille comme clerc pour l'archevêque d'Angleterre chargé par Henry VIII de persuader le pape qu'il a d'excellentes raisons de faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon (...Enfin, meilleures que "elle ne m'a pas donné un seul fils qui a dépassé la prime enfance" ou "J'ai envie de sauter la p'tite Boleyn") et l'archevêque a beau faire de son mieux, il n'arrive pas à grand'chose... Ce qui entraine sa disgrace et, par effet boule de neige, compromet fort les chances de réussite sociale de son roturier de clerc, qui bataille ferme pour tenter de sortir son épingle du jeu.

...Oui, grosso modo, c'est tout à fait le pitch des Tudors. Sauf que c'est l'anti-Tudor. 

Déjà Henry VIII a la gueule d'Henry VIII pas de Ziggy Stardust qui aurait laissé tombé le maquillage outrancier pour faire dans la grosse breloque outrancière !

Source: Externe vs  Source: Externe

...Notez le soucis du détail, tout de même : le portrait d'Henry VIII par Holbein derrière le trône... sérieusement, qu'est-ce qu'il fout là ? Si on part du postulat que John Rhys Meyer est Henry VIII avant qu'il ne devienne obèse, qu'est-ce que ce portrait de Holbein fout là ?? Après, c'est perturbant de voir le flic contemplatif de Life jouer (avec brio) le caractériel et inconséquent Henry VIII, mais on passe vite au-dessus.

Bref, le casting a vraiment de la gueule, la gueule de l'emploi et le costume de l'emploi. Et y a Mathieu Amalric en ambassadeur de Charlequint, ce qui vaut son besan d'or.

Ensuite, le personnage principal, ce n'est pas Henry VIII mais Thomas Cromwell. 
Donc pas lui, là, au-dessus, mais lui, là, en-dessous.

Soit un type qui a la gueule d'un peu monsieur Tout-le-Monde, en plus constipé peut-être, et qui a des aspirations simples comme vivre heureux, garantir à sa famille une vie décente et un bel avenir, marier ses filles, faire prospérer son office, vivre tranquile sa petite crise de Foi anti-papiste, ne pas se faire décapiter par son caractériel souverain, avancer ses billes pour parvenir aux buts cités ci-dessus. (...Spoiler alert : ça ne se passera pas tout à fait comme souhaité).

Du coup la série a un tout autre rythme que les Tudors. Le roi et sa wannabe-reine, on ne les voit que très peu, par les yeux de quelqu'un qui n'est pas un intime, qui n'a pas accès aux alcoves et n'assiste pas aux parties de jambes en l'air de son roi. Donc on a pas du tout de plan de sexposition ; il a fallu attendre le troisième épisode où Thomas fait une descente au bordel pour menacer un personnage secondaire pour voir furtivement une paire de seins. Dans Game of Throne, on aurait atteint ce quota dès la fin du générique. Pareil pour la violence ; Thomas est un lettré, pas un gros bras, donc quand il va menacer un péquenot, c'est verballement, en promettant de gros emmerdes. Des emmerdes plus du type redressement fiscale qu'énnucléation à la petite cuillère. Et vu sa gueule d'inspecteur des finances, on le croit.

- ...Donc en gros, y a pas d'actions, y a pas de nichons, y a pas d'histoire de cul, on suit un comptable un avocat qui de temps à autre croise de loin le roi et la cours, c'est cela ? C'est chiant quoi ?"

Et bien pas du tout ! Le fait qu'il n'y ait que peu de scène d'action pure et dure et pas de scène de cul ne veut pas dire qu'il ne se passe rien du tout. Toute l'intrigue de la série repose sur les intrigues de cours, celles-ci ne sont pas un prétexte pour passer d'une scène de cul à une scène de gnons. On a le temps de comprendre qui sont les personnages, ce qu'ils veulent, d'où ils viennent, voir de les apprécier. Ensuite, si la violence graphique est rare, cela permet de prendre la pleine mesure de la pression voir de la violence psychologique qui pèse sur les personnages. Enfin, parce qu'elle est rare, la violence garde son statut de perturbation brutale de la normalité. 

La série s'achève avec la fin de règne de Anne Bowleyn et une seconde saison est annoncée.

Wolf Hall :
Mini-série de 6 épisodes.
http://www.imdb.com

Posté par Lledelwin à 20:52 - Séries télé, film, websérie, pop-culture - Commentaires [0] - Permalien [#]

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