Scribouillages et pensées frénétiques

De tout et de rien. Surtout de rien.

07 juillet 2010

Droit à l'IVG et méthode des militants anti-avortement - Partie 2

Résumé de l'épisode précédent : Lledelwin a découvert avec stupéfaction la différence entre "un droit garanti par la loi" et "un délit sur la pratique duquel on ferme opportunément les yeux à certaines conditions" et se demande s'il y a encore d'autres découvertes du même tonneau qui risquent de suivre, du genre "Il se pourrait fort qu'on les rouvre prochainement, les yeux"

On a beau penser que l'histoire va dans un seul sens, comme le temps, qu'on évolue forcément vers le mieux, l'ouverture, la pluralité, le fait est que ce n'est pas du tout le cas. L'histoire abonde d'exemples de libertés données puis reprises. Dans le cas de l'avortement, l'Oklahoma, le Nicaragua, la Corée du Sud et plus proche de nous la Pologne et l'Allemagne de l'Est comptent parmi les états dont la législation s'est rétrogradée. D'un autre coté, de façon plus insidieuse, le barème actuel pour une IVG, jamais réévalué donc fort bas, le faible financement des centres de planning, la possibilité pour le médecin de refuser de pratiquer l'intervention, la disparition de l'esprit de militantisme des pionniers et le peu de cas accordé à l'IVG dans les cursus de médecine aboutissent doucement à une situation de pénurie de médecins pratiquants les IVG, que ce soit en France, en Belgique, au Canada. Si le droit à avoir recours à l'avortement n'est pas légalement remis en question, il risque de devenir de facto impossible de l'exercer, faute d'exerçants. Et si l'indifférence n'est pas générale, du moins la situation ne réveille pas vraiment la fibre militante - car comme tout le monde le sait, le combat pour  le choix d'avorter est un truc de féministe et être taxée de féministe, ça fait peur à beaucoup.

Mais tandis que le militantisme des partisans de la liberté de choix s'est doucement endormi, il n'en va pas du tout de même de la flamme de ceux qui militent pour le droit à la vie de chacun et doucement l'opinion générale semble basculer vers la condamnation de l'avortement. Ainsi, que ce soit dans certains grands quotidiens, sur des chaines de radio ou dans des émissions du service public mais également sur l'Internet et dans les réactions des internautes, il est devenu courant d'entendre des propos condamnant l'IVG et vouant aux gémonies les femmes dont la vie intime ne se limitant pas à celle de leur flore bactérienne et qui, tolérant que leur vagin soit traversé dans un sens par des spermatozoïdes tout en refusant qu'il soit traversé dans l'autre par un nouveau-né, prétendent à une liberté pourtant garantie par la loi, loi dont elles abusent sans vergogne. (Il faudrait m'expliquer au passage comment on peut prétendre abuser d'une loi lorsqu'on se contente d'en jouir. Accuse-t-on le citoyen d'abuser de son droit de vote parce qu'il se rend aux urnes trois fois par an ?)

A écouter certains discours il semble que le recours à l'avortement n'est pas vraiment un droit, qu'il est tout juste toléré à condition que la personne qui y prétend ait eut une conduite irréprochable, qu'elle soit un modèle de vertu  et qu'elle ne soit pas vraiment responsable de sa grossesse. En cas de viol, par exemple. Ou alors, si elle est tombé enceinte suite à un "accident" de contraception, une conduite à risque, elle doit faire la demande à genoux, en versant d'amères larmes, en promettant, contrite, qu'on ne l'y reprendra plus et qu'elle va s'amender. Mais si c'est une dévergondée qui baise, qui boit, et qui tombe en cloque, elle l'a bien cherché et si elle choisi d'avorter ah non, ça ne va plus du tout, elle abuse !  On pourrait penser au contraire qu'il vaut mieux qu'une alcoolo instable choisisse d'avorter, ne fut-ce que pour éviter au bébé de souffrir d'un syndrome d'alcoolisme fœtal, mais non, ces salopes, elles abusent, elles croient qu'elles peuvent vivre comme elle l'entendent sans assumer les conséquences !

Au fond, il semble que dans l'esprit de certains la grossesse n'ait jamais cessé d'être considérée comme la punition du péché de luxure et se débarrasser de cet encombrant témoignage d'une vie sexuelle au moyen d'un autre péché mortel, l'avortement,  est intolérable, à moins que celui-ci ne soit vécu comme une pénitence donc qu'il soit pénible et douloureux. C'était la fonction des curetages à vif autrefois, quand il fallait bien empêcher les femmes soupçonnées d'avoir avorter de crever de septicémie sans leur apporter le minimum vital de confort (vous imagineriez redresser un membre brisé sans anesthésier le patient, sous prétexte qu'il avait pas à faire le con en grimpant aux cerisiers ?), c'est aujourd'hui la fonction de l'accueil déplorable fait dans certains hôpitaux et par certains membres du personnel à celles venues interrompre leur grossesse.

Qu'on puisse ne pas culpabiliser d'avoir avorté - alors que tout semble fait pour cela - parait donc aussi invraisemblable  invraisemblable que ne pas culpabiliser d'avoir une sexualité or mariage ou d'être mère sans être mariée dans certains contextes culturels et à certaines époques. Mais au fond, ce n'est guère étonnant : avorter est mal, c'est un délit - juste plus poursuivit - et en n'affichant pas un air contrit, la femelle ne fait que confirmer ce que l'on sait : ses capacités intellectuelles sont fortement limitées, étant donné qu'elle n'est même pas capable de percevoir le caractère sacré de la vie ni d'envisager l'intérêt national avant le sien propre et de refuser à une nation vieillissante les bébés dont elle à besoin... (Esprit de Pétain, sortez du corps de ce chroniquailleur tellement amoureux des traditions françaises qu'il n'hésite pas à invoquer le fantôme de ses heures sombres)

Et quand ce n'est pas le droit à l'avortement qui est remis en question, c'est son financement en tant qu'acte de confort, au même titre que l'augmentation mammaire ou l'orthodontie ou la publicité de l'avortement, c'est à dire le fait de rendre les informations disponibles et facilement accessibles sur l'avortement et les lieux qui le pratique sous prétexte que cela inciterait à y avoir recours, cf la polémique sur la campagne d'affichage du planning familial à Paris en 2008

Si, dans les média classiques, on rencontre de temps à autre quelque éructation vilipendant les lois dépénalisant l'avortement, il faut bien avouer que la majorité des intervenants - sauf en cas d'interview de l'un ou l'autre théologien, chef spirituel ou prince de l'Église. Même le sympathique Tenzyin Gyatso affirme qu'il s'agit d'un acte entrainant un bad karma, alors que no limitation on the contraception ! - la majorité des articles tendent à être sinon impartiaux du moins pondérés, ne fut-ce que par soucis de déontologie.

Mais sur l'Internet... Ben sur l'Internet, il n'en va pas du tout de même....  Or, l'Internet, c'est à la foi le café du commerce, l'encyclopédie, le minitel, les pages jaunes et le panneau d'affichage du XXIème siècle. Le premier réflexe quand on cherche une information, surtout sur un sujet un peu pointu, c'est pas de foncer à l'étage des bibliographies spécialisées de sa bibliothèque, c'est la recherche par mot-clé. Or, sur l'Internet encore plus que dans les autres médias fleurissent les sites pro-life vilipendant les "avortements de confort", le génocide des tout-petits, la désacralisation de la vie, le droit à naitre, les dérives scandaleuses et dangereuses du féminisme qui ont fait oublier aux femmes leur véritable mission sur Terre - la reproduction - en leur laissant penser qu'elles bénéficiaient d'une liberté et d'un droit de regard sur leur propre personne et ce qui s'y passe. Mais si ces militants usent d'arguments parfois discutables et défendent une vision réactionnaire du rôle social des femmes, ils ont au moins un mérite, celui d'annoncer franchement la couleur. Il n'en va pas du tout de même des sites qui laissent entendre qu'ils délivrent une information impartiale et complète, parfois même qu'ils représentent une association officielle et agréée (url "neutre", numéro d'appel gratuit, écoute anonyme et dispensation d'information...) mais délivrent une information totalement partiale et partielle, pour ne pas dire partisane et mensongère, qui vise à convaincre que l'IVG, c'est dangereux, compliqué, et mal alors que la grossesse et la maternité, même quand on a 16 ans , que la famille vous renie, et qu'on est aux études, c'est un chemin de roses sans épines parce que tant de gens sont là pour vous aider et vous apporter de l'aide, en détaillant précisément quelles sont les démarche à faire quand on veut poursuivre sa grossesse, mais en laissant dans un flou total celles que l'on doit faire quand on ne veut pas et - d'après divers témoignages - en apportant oralement des informations totalement erronées, du genre "mais non, à 4 semaines vous ne pouvez plus interrompre la grossesse !"

Et des sites de ce genre-là, j'en ai trouvé trois sans trop me forcer. Je parle bien entendu de ceux qui se prétendent informatif  - aider la personne à prendre une décision - mais qui visent à convaincre celle-ci à prendre une décision conforme aux convictions des auteurs du site. En cherchant toujours, on peut constater que de nombreuses personnes s'indignent de ces pratiques - certains ayant été victime de leurs méthodes particulières - qu'il s'agisse de militants, comme Mademoiselle,  ou de gens sans engagement particulier, comme sur Zone Zero Gène voir même d'opposant à l'avortement qui se refusent à cautionner ces pratiques trompeuses.

Quelle sera la riposte ? IVG net continuera-t-il à cartonner en haut des pages Google ? La suite demain ou cet aprèm'

 

Posté par Lledelwin à 11:00 - Réflexions. - Commentaires [0] - Permalien [#]

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