Scribouillages et pensées frénétiques

De tout et de rien. Surtout de rien.

05 juillet 2010

Université des femmes - compte rendu - IVG et info partisane - Partie 1

Ce dix décembre dernier, avant que d'aller picoler comme n'importe quel étudiant lâché dans la verte nature avant le début de la fin du premier quadrimestre, annonciateur de fête et de révisions, j'avais assisté à une table ronde de l'Université des Femmes sur le thème "en avoir ou pas" (des enfants).

J'avais commencé un compte rendu, et puis je l'ai laissé dépérir sous forme de brouillon inachevé. Malheureusement, bien que l'événement date, les propos restent désespérément actuels.

Commençons par le commencement, à savoir le programme : en guise d'ouverture, projection de Ya qu'a pas baiser ! de Carole Roussopoulos sur les opinions concernant l'avortement et la pratique de celui-ci alors qu'il n'est pas encore autorisé ni légalisé. Mention spéciale aux femmes qui regardaient défiler d'autres femmes sans oser les rejoindre mais en affirmant "qu'elles ont raison ! Non mais moi je vais pas défiler avec elle pour le contrôle des naissances, chuis trop vieille !" Il faut être honnête, le film il a vachement vieilli. J'aimerais croire qu'aujourd'hui personne ne s'écrierait en réponse à une demande d'accès à la contraception "ya qu'a pas baiser !" mais je crois que cette partie-là, elle est encore très actuelle. Non, ce qui a vieilli, je pense que c'est malheureusement la complicité entre le médecin (femme) qui pratique un avortement sur une autre jeune patiente en prenant le temps de parler sexualité, contraception, méthode d'avortement, qui explique, qui rassure, qui montre, avec miroir de poche, ce qu'il fait et quelle gueule ça a, là-dedans.

Ensuite une table ronde réunissant une professeur de sociologie de l'ULB, une personne du planning des Marolles, une gynécologue, membre de la Commission Nationale d'évaluation de la loi sur l'I.V.G, condamnée à de la prison avec sursis pour pratique d'IVG dans les années 80 et une militante de Women on Waves) autour de la question : "quelle est aujourd'hui l'autonomie des femmes quand à la maitrise de leur fertilité ?" et commençant par un rappel de la situation en Belgique et son historique avant de faire un petit tour sur ce qu'il en est dans le vaste monde...

Qu'en est-il, justement, de la situation actuelle, en Belgique ?  Et bien, ce que j'en disais il y a un an  des plombes , c'est bien beau dans la théorie et, j'espère, dans d'autres pays, mais globalement, c'est pas tout à fait ici.

En Belgique, t'as pas le droit de dire "Je suis enceinte, oui, mais non, JE ne le veux pas, JE désire avorter parce que JE ne veux pas de cette grossesse et que JE pense que ce n'est pas le bon moment, la bonne situation, le bon mec, le bon cadre de vie, le bon tout court"

En Belgique, le droit à l'avortement est une conquête plus récente qu'en France et qui a débouché d'ailleurs sur un épisode politico-burlesque comme nous seul savons les produire : Une Interruption volontaire de Règne.

Explication pour ceux qui n'étaient pas né en 1990 : après que la loi ait été écrite et signée par le Sénat et le Parlement, le souverain doit la signer pour qu'elle devienne pleinement effective, entérinant ainsi le fait que la bafouille sur laquelle l'organe législatif s'est mis d'accord va prendre force de loi, qu'elle va devenir exécutive. Ce n'est pas une pétition, pas le témoignage d'un accord sur le fond de la loi mais la reconnaissance qu'elle a été élaborée selon les règles. Or, fait inédit, le roi a refusé de jouer le rôle que la Constitution lui attribue et signer la loi parce qu'elle était contraire à ses convictions profondes, sortant ainsi de son devoir de neutralité. Gros pataquès. Que faire ? Menacer ou droguer le roi pour qu'il signe ? Pas beaucoup plus régulier... Lui démontrer par A + B qu'il n'avait pas le droit de refuser de signer une loi, quelle qu'elle fut ? Pas plus efficace... Et le risque était de voir se profiler une grosse crise monarchique et institutionnelle, avec démission du gouvernement... On a donc sortit d'un chapeau une solution alternative : le roi a été déclaré dans l'incapacité d'assurer ses fonctions (chose qu'il n'était pas, n'étant ni malade ni dément) et un conseil de tutelle composé de ministres a signé la loi...

A noter qu'en Espagne, la situation n'est pas moins croquignolesque : l'Église a menacer d'excommunier quiconque permettait la mise en place de la loi sur l'avortement, finalement votée en mars 2010, c'est à dire les sénateurs et parlementaires... Mais aussi, peut-être, le roi Juan Carlos, puisque c'est sa signature qui rend effective la loi ! Sur ce dernier point, les avis sont, finalement partagés. Si pour certains l'excommunication vise également le roi d'Espagne, pour d'autre, sa signature n'engage pas sa responsabilité puisqu'elle ne marque pas son approbation de la loi mais simplement son respect des procédures d'adoption des lois, ce qui est la position des évêques d'Espagne mais manifestement pas celle de la cathosphère

 

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Le planning familial selon sa Sainteté

 

Mais revenons à nos moutons.

Belges.

En 1990, la loi Lallemand-Michielsen concernant l'avortement est votée suite à un habile et peu orthodoxe tour de passe-passe. Mais contrairement à ce qui est parfois dit, cette loi ne légalise pas l'avortement, elle est dépénalise sa pratique c'est à dire que, dans certaines conditions, le médecin pratiquant l'avortement à la demande d'une femme n'encourt de poursuites judiciaires.

Quelles sont ces conditions ?

  1. Le médecin peut pratiquer une IVG à la demande de la femme SI celle-ci se trouve dans une situation de détresse engendrée par son état... (Tu pensais être libre de choisir, que ton corps t'appartient... Non, tu dois prouver que tu n'es pas dans une situation qui te permet de supporter l'aliénation de ton utérus. Youpie).
  2. Il faut respecter un délais de 12 semaine entre la fécondation et l'IVG, soit 10 semaines d'aménorrhées, soit deux mois sans être réglée. (Mais il a été timidement question de relever ce délais un petit peu court et qui ne se justifie pas spécialement par des arguments médicaux)
  3. L'avortement doit être pratiqué dans un centre où la femme recevra une information et un soutient psychologique. (Donc pas au cabinet de son gynécologue, par exemple.
  4. Le médecin doit informer la patiente des risques et des autres solutions comme l'adoption. (ce qui n'est absolument pas obligatoire en cas de grossesse, par exemple. Or la liste des risques médicaux liés à la grossesse est susceptible de faire réfléchir n'importe qui à deux fois sur l'opportunité d'une contraception de type lourd façon "no passaran" Sans rigoler, entre les risques d'hémorragies, d'éclampsies, d'hypertension, de perte de tonus musculaire, d'élasticité de la peau, de varices, de diabète, de déchirures, complications entrainant une césarienne - opération pratiquée sous anesthésie et donc comprenant naturellement des risques - la grossesse et l'accouchement ne ressemblent pas exactement à un parcours-santé)

De plus

  1. Le médecin a le droit de refuser de pratiquer un avortement - mais il est quand même plus chic qu'il en avertisse sa patiente AVANT de l'avoir fait poireauté une semaine entière pour réfléchir à son geste - alors qu'il semblerait aberrant  dans tout autre situation qu'un médecin fasse passer ses convictions personnelles avant le bien-être et la santé de son patient - un anesthésiste refusant de poser une péridurale par exemple.
  2. Une commission parlementaire évalue l'application annuelle de la loi dépénalisant l'avortement et propose des pistes alternative pour éviter d'y recourir - et on ne peut qu'espérer qu'un beau jour la piste avancée pour réduire les avortements ne sont pas leur re-pénalisation.

D'apprendre tout cela, on se sent nettement moins rassurée quand à la pérennité de ce qu'on estime être pourtant un droit désormais inaliénable et on se prend doucement à craindre que les craintes sur sa remise en question, que ce soit légalement ou financièrement.Après tout, la loi ne fait que garantir la cessation des poursuites, pas le droit à disposer de son corps, elle a été voté dans des conditions rocambolesques il y a une vingtaine d'année sous la pression de militants qui, eux aussi, doivent vieillir...

A-t-on raison de craindre la remise en question de l'avortement ?

La suite au prochain article !

(parce que personne ne lit un article de blog s'il faut scroller quatre fois et qu'il n'y a même pas de photo de petit chat dedans, voici celle d'un chaton que la maman a préférer confier à l'adoption )

 

Posté par Lledelwin à 00:20 - Réflexions. - Commentaires [0] - Permalien [#]

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